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Enjeux
Ni le gouvernement Harper, ni Service correctionnel Canada, ne peuvent offrir une raison valable pour l’abolition des programmes des prisons agricoles.
POLITIQUE PUBLIQUE SAINE
Le gouvernement a la responsabilité fondamentale d’établir et d’appliquer des politiques saines qui servent l’intérêt public général. Les Canadiens, de plus en plus cyniques quant aux intentions de nos politiciens, souhaitent voir une preuve d’une planification réfléchie pour l’avenir, pas des décisions à court terme et ponctuelles fondées sur des ponctions fiscales et des programmes partisans.
Il ne devrait y avoir qu’un seul test : une politique est-elle bonne pour le Canada et les Canadiens? Le démantèlement des programmes fédéraux des prisons agricoles constitue un échec. Hâtive et irréfléchie, cette décision est le résultat d’un ordre donné par le gouvernement Harper, de couper dans les dépenses, peu importe l’intérêt public. Elle ignore également le prix social plus grand à payer en anéantissant les programmes agricoles qui représentent un minuscule pourcentage des dépenses annuelles de Service correctionnel Canada.
SCC prétend que la décision s’inscrit dans un quelconque plan directeur. Il refuse cependant d’en faire part aux employés, au syndicat ou à la population. On nous a forcé de recourir au long processus de l’accès à l’information pour tenter d’obtenir une copie de ce plan!
S’il s’agissait d’une décision stratégique bien réfléchie, pourquoi SCC avoue-t-il ne pas avoir encore envisagé des programmes de réadaptation et de formation de remplacement à l’intention des détenus qui participent actuellement à ses programmes agricoles?

RÉADAPTATION
Le gouvernement Harper fait erreur en prétendant que peu de détenus, dans les programmes agricoles, vont éventuellement trouver du travail dans le secteur agricole. D’une part, il ne le sait pas. Service correctionnel Canada ne tient pas de statistiques à ce sujet. La vérité, c’est que personne ne le sait.
Ce que nous savons, c’est que, en 2005, l’agriculture seule représentait huit pour cent du PIB du Canada et fournissait 2,1 millions d’emplois. Et cela ne tient pas compte des emplois manufacturiers et au détail entre la ferme et le consommateur. C’est un gros marché de l’emploi.
Plus important encore, la réadaptation fructueuse fait plus que donner aux détenus une formation en vue d’un emploi particulier après leur libération. Le fait qu’un individu réussisse à se réintégrer dans la société dépend davantage de ses compétences sociales. Et c’est sur ce plan que les programmes agricoles de SCC se distinguent vraiment.
Les programmes agricoles forment le caractère et développent des habitudes de travail fortes. Les détenus apprennent l’importance de la responsabilité personnelle en prenant soin des animaux et en rendant la ferme efficace. Ils apprennent à se lever tôt, le travail acharné, la valeur de la rapidité d’exécution et de l’autonomie. Tout cela donne lieu à un sentiment de confiance en soi, qui est si essentiel pour surmonter les nombreux défis réels auxquels les anciens détenus font face après leur libération.
Les programmes agricoles font beaucoup plus que simplement enseigner aux détenus la façon de traire une vache! Ces derniers acquièrent aussi des compétences en mécanique et apprennent le fonctionnement d’équipement pour la culture et la récolte des légumes, des produits laitiers, du bœuf et de la volaille.
Le simple fait que les détenus sont quotidiennement en contact avec les animaux contribue aussi de façon tangible mais logique à une réadaptation fructueuse. Nous connaissons l’effet tranquillisant, thérapeutique des animaux sur les personnes en difficulté. Voilà pourquoi on se sert régulièrement d’animaux dans les hôpitaux et les maisons de soins infirmiers, et dans les programmes communautaires qui traitent de l’autisme et autres problèmes psychologiques. Étant donné que bien des détenus proviennent de milieux dysfonctionnels, où il y avait une pénurie d’affection, les programmes agricoles offrent souvent une première occasion de développer de l’empathie.
Compte tenu de ce qui précède, c’est franchement absurde que le gouvernement conservateur laisse entendre que les détenus qui participent au programme agricole n’acquerront pas de connaissances utiles et de compétences pratiques.

SOUTIEN AUX COLLECTIVITÉS
On ne pense pas souvent à Ottawa à quel point les prisons agricoles sont intégrées à leurs collectivités environnantes. L’établissement fournit des emplois, effectue des achats locaux considérables et appuie les activités communautaires.
Le cas de l’abattoir dans la région de Kingston, propriété de l’homme d’affaires local Bruce Wallace, est un exemple d’un arrangement mutuellement avantageux entre la collectivité et l’établissement.
Wallace emploie 10 détenus du programme agricole de l’établissement de Pittsburgh. Les salaires sont payés par Service correctionnel Canada. Le bétail d’environ 50 bêtes abattues chaque semaine provient de quelque 300 éleveurs de bovin locaux. La viande est vendue aux restaurants locaux, aux boucheries locales, ainsi qu’à SCC, pour ses six installations correctionnelles régionales.
En échange du ‘travail gratuit’, Wallace permet aux détenus de Pittsburgh d’acquérir des compétences très pratiques dans l’industrie de la viande, dans un milieu qui favorise le respect de soi et la formation du travail d’équipe. Le propriétaire souligne qu’il sait qu’un certain nombre de prisonniers sont allés travailler dans l’industrie après leur libération.
En affaires depuis 14 années, Wallace risquait de devoir déménager son exploitation. Pourtant, même le gouvernement a reconnu l’importance du partenariat de Wallace avec l’établissement de Pittsburgh. À la mi-mai, le ministre de la Sécurité publique a annoncé que l’abattoir demeurerait en opération et ne serait pas forcé de déménager – une autre preuve de la viabilité de la création d’emplois additionnels et des initiatives de formation entre les établissements de SCC et les entreprises locales.
Mais, ce n'était qu'un sursis isolé. Il ne fait aucun doute – l’abolition des programmes agricoles par SCC fera du tort aux commerces locaux.

UTILISATION APPROPRIÉE DES TERRES
« Cette ferme pénitentiaire de 900 acres est située dans l’ouest de Kingston, bien à l’intérieur des limites de la ville – un rêve pour un promoteur immobilier, si seulement il pouvait mettre la main sur la propriété. »
Ce texte, tiré d’un article sur les prisons agricoles de la région de Kingston, a paru dans une publication de SCC il y a trois ans. Alors que le maire de Kingston planifie déjà des subdivisions et des parcs industriels dans cette terre agricole de grande qualité, l’ironie n’a pas échappé aux personnes préoccupées par la quantité importante de terres agricoles retirées chaque année de la production alimentaire.
Une agriculture écologiquement sensibilisée, durable, a retenu l’attention de la population. La demande de nourriture organique et produite localement augmente subitement. Tout cela découle du fait que les Canadiens se préoccupent de plus en plus de la sécurité alimentaire et de la nutrition.
Les prisons agricoles du Canada sont situées sur les terres agricoles les plus enviables dans leurs régions. Plusieurs sont proches des zones urbaines. Bien que cela devrait idéalement les placer de manière à profiter de la demande pour des aliments organiques et produits localement, l’abandon des programmes agricoles par SCC place les terres agricoles excédentaires sous la menace du développement. Il se pourrait fort bien qu’on asphalte le paradis.
En supposant que le gouvernement résiste à la tentation de vendre les terres agricoles déclassées au secteur privé, rien ne garantit qu’on va reprendre la production sur ces riches terres. C’est un secret de polichinelle que SCC compte bâtir une série d’énormes mégaprisons, d’une taille jamais vue auparavant au pays. Le fait d’ajouter les terres abandonnées des prisons agricoles à la superficie totale occupée par un établissement correctionnel existant crée de l’immobilier exceptionnel pour ces nouveaux établissements monstrueux.

RENTABILITÉ
Il y a un dicton selon lequel ‘on connaît le coût de tout et la valeur de rien’. Manifestement, le gouvernement Harper et SCC ne saisissent pas la valeur des programmes des prisons agricoles. Ce qui est encore plus troublant, c’est qu’ils ne comprennent nullement les répercussions sur les coûts.
La prétention, que les six prisons agricoles existantes perdent 4 million $ par année, est sans fondement. C’est un chiffre lancé au hasard.
Ce que nous savons, c’est que l’incarcération de détenus dans des établissements fédéraux coûte cher. On croirait que tout programme de réadaptation qui épargnerait effectivement l’argent durement gagné des consommateurs serait célébré. Pourtant, c’est précisément ce que fait le programme des prisons agricoles.
Les produits, le bœuf, le porc, la volaille, les œufs, le lait et le blé cultivé par les détenus sur la ferme nourrissent toute la population carcérale locale. S’il est mis fin au programme, il faudrait acheter les produits alimentaires actuellement fournis par le programme. Quiconque a visité une épicerie récemment constate que les prix des aliments ont grimpé. Pourquoi SCC n’a-t-il pas inclus ce coût dans ses estimations approximatives unilatérales?
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Le Globe and Mail a récemment rapporté que le gouvernement fédéral a dépensé 15,7 $ millions en eau embouteillée au cours des cinq dernières années. Ce montant à lui seul correspond presque au ‘coût’ allégué par SCC, du programme des prisons agricoles.
Les Canadiens souhaitent voir leur argent imposable durement gagné dépensé efficacement. C’est justement cela que fait le programme des prisons agricoles!

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